"Je ne crois pas en la perfectibilité de l'homme, mais il y a suffisamment de braves gens pour que l'on n'ait pas à désespérer"
Willy RONIS Photographe
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Willy Ronis, le dernier d'une lignée sublime est parti hier, discrètement, à l'image de son existence, à l'image de ces géants qui ont vécu, sans tapage, tout entiers acquis à leur art, l'art de
laisser aux temps futurs des images, simplement des images témoins de leur temps, qu'eux seuls savaient voir et capturer pour l'éternité.
Il aura rejoint au panthéon des photographes humanistes, les Boubat, Brassaï, Cartier-Bresson, Doisneau, Izis et, comme eux, il restera parmi nous, par ses photographies,
innombrables, précieuses, reflets fidèles et sensibles d'une époque révolue.
Quelques extraits de sa dernière interview accordée à Christine Kerdellant pour l'Express en décembre 2008 :
"Toute ma vie j'ai préféré la photo de rue, la photo "réelle", la capture du moment unique"
"J'ai toujours fait mes photos dans l'instant, sans mise en scène ; un clic, deux, guère plus, car il ne fallait pas gâcher : les rouleaux de pellicule coûtaient cher ! Mais, pour être tout à
fait honnête, je dois avouer deux exceptions , le Petit garçon à la baguette, un inconnu que j'ai fait courir trois fois devant la boulangerie et l'Enfant à l'avion où l'on voit
un bambin, mon fils, en train de lancer un modèle réduit d'avion".
"Vous savez, mis à part les photos de commande, j'ai fait de la photo buissonnière toute ma vie. Les plus reproduites sont des clichés que j'ai pris en marchant, au hasard. Certains jours, je
rentrais chez moi sans avoir appuyé une seule fois sur le déclencheur, c'était douloureux".
"Je n'ai jamais travaillé avec le numérique, ni même avec un moteur, pourtant le moteur existait depuis longtemps quand j'ai arrêté ; certes c'est plus facile, il n'y a pas le risque de rater
l'acmé, le moment de paroxysme, l'instant idéal pour lequel on se retenait et que l'on finissait parfois par manquer. je n'ai pas de considération pour les mitrailleurs. C'est peut-être une
conception janséniste de mon métier : je pense qu'une image se mérite".
"Mon premier déclic a eu lieu en 1928, le dernier en 2001 : c'est déjà un long passage dans la photo, vous ne trouvez pas ?"
"J'ai rangé mon matériel le jour où j'ai constaté que je ne pouvais plus gambader dans Paris, grimper sur une caisse pour avoir le meilleur angle de vue ou traverser une rue en courant. Ma toute
dernière photo fut un nu, ici dans cet appartement, il y a sept ans".
Les Rencontres d'Arles 2009 avaient eu le bon goût, par prémonition peut-être, d'inviter le vieil homme à visiter l'espace qui lui était consacré sur les cimaises de l'Eglise
Sainte-Anne.
J'ai pu à mon tour y passer un long moment et "voler" quelques photos que je place là, sous mon texte, un hommage posthume à ce grand Monsieur de la photographie.
Les amoureux de la Bastille
Paris, 1957
Le petit parisien
Paris, 1952
J'habitais Paris à cette époque et j'avais 12 ans. Avec quelques années de moins j'aurais pu être ce petit garçon qui allait aussi chercher la baguette du déjeuner, en courant, mais je ne savais
pas qu'un Monsieur Ronis, que j'ai peut-être cotoyé, rôdait déjà dans Paris pour enchanter plus tard, avec ses images, une autre époque de ma vie.
Pour ceux qui ne connaissent pas, il faut leur dire que la ville intra-muros est sans dessus-dessous pendant tout le mois de juillet.
En marge du In, festival officiel, le Off offre tous les jours des centaines de spectacles répartis dans toute la ville, investissant les théâtres et tous les lieux pouvant accueillir des
spectateurs, parfois pas plus d'une vingtaine, qui ne débourseront guère plus de 15 euros pour rire le plus souvent, pleurer parfois dans tous les registres possibles de la comédie, de
l'humour et où la musique trouve aussi sa place.
Chaque spectacle fait sa propre publicité par un affichage débridé dans toute la ville et par des shows impromptus et distribution de tracts à travers les rues et les
places centrales totalement envahies par le public.
La circulation n'est pas partout interrompue et c'est une joyeuse pagaille qui s'installe et va crescendo au cours de la journée dans ce vaste spectacle permanent.
Pour les photographes c'est le pied ! C'est à ne plus savoir vers quoi braquer son objectif car ça arrive de tous les côtés ; on joue du Molière ici, un quatuor de violoncelles près de la Mairie,
une troupe portant l'étoile jaune des juifs persécutés se donne devant le Palais des Papes, devant la terrasse où je fais une pause café un type passe entre les tables en disant du
Baudelaire à en pleurer, au pied du Palais une marionnette crache le feu et à l'autre bout, des rappeurs font du Mickael Jackson évidemment très applaudi ; et entre, des personnages, comédiens,
simples badauds ou travailleurs, complètent dans l'insolite ou le pittoresque, ce tableau protéiforme sans cesse renouvelé.
Les images sans prétention que j'expose ici reflètent assez bien ce grand brassage d'un apparent n'importe quoi tel que je l'ai ressenti et capté, pour mon plaisir et j'espère celui de
quelques autres.
Les photos sont et seront à découvrir dans l'album Off Avignon 2009.
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