Dimanche 13 septembre 2009
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Willy Ronis, le dernier d'une lignée sublime est parti hier, discrètement, à l'image de son existence, à l'image de ces géants qui ont vécu, sans tapage, tout entiers acquis à leur art, l'art de
laisser aux temps futurs des images, simplement des images témoins de leur temps, qu'eux seuls savaient voir et capturer pour l'éternité.
Il aura rejoint au panthéon des photographes humanistes, les Boubat, Brassaï, Cartier-Bresson, Doisneau, Izis et, comme eux, il restera parmi nous, par ses photographies,
innombrables, précieuses, reflets fidèles et sensibles d'une époque révolue.
Quelques extraits de sa dernière interview accordée à Christine Kerdellant pour l'Express en décembre 2008 :
"Toute ma vie j'ai préféré la photo de rue, la photo "réelle", la capture du moment unique"
"J'ai toujours fait mes photos dans l'instant, sans mise en scène ; un clic, deux, guère plus, car il ne fallait pas gâcher : les rouleaux de pellicule coûtaient cher ! Mais, pour être tout à
fait honnête, je dois avouer deux exceptions , le Petit garçon à la baguette, un inconnu que j'ai fait courir trois fois devant la boulangerie et l'Enfant à l'avion où l'on voit
un bambin, mon fils, en train de lancer un modèle réduit d'avion".
"Vous savez, mis à part les photos de commande, j'ai fait de la photo buissonnière toute ma vie. Les plus reproduites sont des clichés que j'ai pris en marchant, au hasard. Certains jours, je
rentrais chez moi sans avoir appuyé une seule fois sur le déclencheur, c'était douloureux".
"Je n'ai jamais travaillé avec le numérique, ni même avec un moteur, pourtant le moteur existait depuis longtemps quand j'ai arrêté ; certes c'est plus facile, il n'y a pas le risque de rater
l'acmé, le moment de paroxysme, l'instant idéal pour lequel on se retenait et que l'on finissait parfois par manquer. je n'ai pas de considération pour les mitrailleurs. C'est peut-être une
conception janséniste de mon métier : je pense qu'une image se mérite".
"Mon premier déclic a eu lieu en 1928, le dernier en 2001 : c'est déjà un long passage dans la photo, vous ne trouvez pas ?"
"J'ai rangé mon matériel le jour où j'ai constaté que je ne pouvais plus gambader dans Paris, grimper sur une caisse pour avoir le meilleur angle de vue ou traverser une rue en courant. Ma toute
dernière photo fut un nu, ici dans cet appartement, il y a sept ans".
Les Rencontres d'Arles 2009 avaient eu le bon goût, par prémonition peut-être, d'inviter le vieil homme à visiter l'espace qui lui était consacré sur les cimaises de l'Eglise
Sainte-Anne.
J'ai pu à mon tour y passer un long moment et "voler" quelques photos que je place là, sous mon texte, un hommage posthume à ce grand Monsieur de la photographie.
Les amoureux de la Bastille
Paris, 1957
Le petit parisien
Paris, 1952
J'habitais Paris à cette époque et j'avais 12 ans. Avec quelques années de moins j'aurais pu être ce petit garçon qui allait aussi chercher la baguette du déjeuner, en courant, mais je ne savais
pas qu'un Monsieur Ronis, que j'ai peut-être cotoyé, rôdait déjà dans Paris pour enchanter plus tard, avec ses images, une autre époque de ma vie.
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